Exploring the Mind-Body Continuum

Résumé

Le jeudi 26 septembre 2013, la quatrième édition du Colloque et du banquet du Prix Dr Rogers a eu lieu à Vancouver (Colombie-Britannique). Commençant au début de l'après-midi, le Colloque a réuni des penseurs éclairés, des pionniers et des intervenants que la question du continuum entre l'esprit et la pensée intéresse.

Trois panélistes ont présenté leurs principales conclusions au cours de l’après-midi. La Dre Judith Moskowitz a parlé de l’effet de l’esprit sur le corps et des effets biologiques des émotions positives; le Dr John Gannage a partagé ses réflexions sur le rôle de la nutrition dans le continuum entre l’esprit et le corps; et le Dr Jeffery Dusek a traité des effets thérapeutiques de la prière d’intercession. Les trois panélistes étant des experts dans leurs domaines respectifs. Ils ont fait vivre aux participants une expérience exceptionnelle et diversifiée, en explorant autant le continuum entre l’esprit et le corps que ses applications en matière de médecine complémentaire et alternative (MCA).

La Dre Moskowitz a donné le coup d’envoi avec une présentation sur l’impact des émotions positives sur la santé d’un individu. Se basant sur ses propres recherches et citant plusieurs études, la Dre Moskowitz a souligné qu’un état d’esprit positif est associé à une baisse du risque de mortalité et que, dans certains groupes vivant avec une maladie chronique (diabète, VIH/sida, maladie du cœur), il avait été démontré que les sujets vivaient plus longtemps s’ils maintenaient un état d’esprit positif.

La Dre Moskowitz a trouvé huit techniques favorisant un état d’esprit positif; elle a rappelé aux participants que ces techniques sont faciles à employer et à apprendre. Toutefois, l’essentiel est d’en mettre certaines en pratique, sinon toutes, de façon régulière pour en faire une habitude. Voilà comment augmenter la capacité de résilience et réduire le niveau de stress. Les huit techniques positives sont :
  • prendre conscience des événements positifs;
  • tirer profit des événements positifs;
  • témoigner de la reconnaissance;
  • pratiquer la pleine conscience;
  • faire de la réévaluation positive;
  • se concentrer sur ses forces personnelles;
  • se fixer et poursuivre des objectifs atteignables;
  • accomplir des gestes de gentillesse.
Le Dr John Gannage a souligné à quel point l’holisme est devenu un aspect important du paradigme médical. Selon lui, les praticiens œuvrant dans le domaine de la MAC commencent à combler le vide qui s’est récemment creusé autour de l’approche holistique en médecine. Le Dr Gannage a parlé des processus cellulaires sous-jacents (modifications épigénétiques, troubles neurotrophiques, etc.) qui endommagent les composants cellulaires et entraînent un déclin des capacités cognitives et fonctionnelles. Il a précisé que la médecine conventionnelle gère ces crises par l’administration de médicaments, alors que la MCA adopte plutôt une approche intégrative faisant appel à la nutrition et à d’autres disciplines, et qui non seulement règle les crises, mais peut avoir une incidence notable sur l’état de santé général du patient.

Le Dr Gannage a ensuite parlé de la relation entre l’intestin et le cerveau, et du fait qu’une inflammation s’attaquant initialement à l’intestin peut se propager à d’autres tissus, y compris au cerveau, et modifier les fonctions cognitives, l’humeur et l’état d’esprit. Il a cité plusieurs études soupçonnant les problèmes intestinaux et la nutrition de contribuer à des changements du comportement et de l’état de santé (comme les troubles gastro-intestinaux étant liés à l’autisme ou des taux de glucose élevés augmentant les risques de démence).

Le Dr Jeffery Dusek a mené des recherches poussées sur les effets thérapeutiques de la prière d’intercession et a partagé d’intéressants constats avec les participants de la conférence. Son projet de recherche, STEP, consistait à demander à des intercesseurs de prier quotidiennement pour des patients dont le nom figurait sur une liste et d’inclure l’intention « d’une intervention chirurgicale réussie, suivie d’une convalescence rapide, saine et sans complications ». Le groupe témoin n’a pas fait l’objet de prières d’intercession.

Lors de ses recherches, le Dr Dusek a été étonné de voir que les sujets qui étaient convaincus qu’on priait pour eux ont en fait connu un taux plus élevé de complications. Différentes théories ont été présentées pour expliquer ce constat : peut-être les patients étaient-ils trop confiants par rapport à leur guérison et n’avaient pas fait autant d’efforts pour maintenir leur état de santé, ou peut-être ressentaient-ils une certaine pression de se sentir bien vu qu’on priait pour eux. Même si la recherche n’a pas été concluante, elle est intéressante en ce qu’elle illustre clairement un lien entre l’esprit et le corps. Le Dr Dusek étudie maintenant l’effet de la méditation sur l’expression génétique.

La présentation du panel s’est terminée par une période de questions et réponses animée et informative, durant laquelle l’auditoire a posé des questions judicieuses permettant d’élucider davantage certains aspects de la recherche des panélistes. Questionné sur l’importance de la présence de bactéries dans le corps humain ainsi que sur les suppléments de glutathion et les autres tendances de traitement, le Dr Gannage a insisté sur l’importance des quatre R :
  • retirer de son alimentation les aliments en cause;
  • remplacer les enzymes digestives;
  • régénérer les bonnes bactéries;
  • restaurer la muqueuse intestinale.
Il a ajouté que protéger les systèmes antioxydants en évitant des facteurs de stress pro-oxydants (comme la présence de mercure dans l’alimentation) est la meilleure façon d’augmenter le glutathion dans le corps, et que le traitement de la dysbiose intestinale pourrait aussi avoir des effets bénéfiques sur d’autres tissus.

En ce qui a trait à l’état d’esprit positif et une question demandant si diverses émotions positives ont des effets différents sur la santé, la Dre Moskowitz a cité une étude récente ayant démontré que les émotions positives hédoniques (dérivées du plaisir) avaient un effet indésirable sur l’expression génétique, tandis que les émotions positives eudémoniques (dérivées d’un sens et d’un but de la vie) avaient un effet positif. Elle a ajouté qu’ils avaient modifié leur programme pour se concentrer sur l’activation minimale de l’état d’esprit positif au moyen d’émotions comme le calme, la satisfaction et le bonheur, plutôt que l’excitation et l’anticipation.

L’une des autres questions posées au panel demandait comment mesurer la spiritualité dans le cadre de la recherche sur le continuum entre l’esprit et le corps. Le Dr Dusek et la Dre Moskowitz partageaient le même point de vue. Le Dr Dusek a expliqué que, vu les difficultés inhérentes à mesurer une pratique spirituelle, il était essentiel de donner une définition plus large et plus inclusive à la spiritualité en la définissant comme la pleine conscience et qu’il fallait « laisser les gens pratiquer ce qu’ils peuvent », plutôt que voir les chercheurs essayer de déterminer ou de définir quelle pratique avait un effet bénéfique sur quelle condition. La Dre Moskowitz a précisé que la spiritualité ne peut pas être prescrite et qu’elle ne fait pas partie des huit techniques favorisant un état d’esprit positif, parce que ceux qui ont une vie spirituelle profonde atteignent un état d’esprit positif dans le cadre de leur pratique. De plus, témoigner de la reconnaissance en fait bien souvent déjà partie.

Les panélistes ont conclu la séance de l’après-midi par une discussion sur la recherche. Bien que les essais cliniques aléatoires offrent un moyen prudent de répondre à une question précise, le Dr Dusek a dit que l’occasion d’étudier ce qui se passe réellement comporte des avantages pour le domaine de la médecine intégrative, et que les chercheurs doivent analyser les données afin d’aider les gens à prendre les meilleures décisions possible. Il croit que les gens assument de plus en plus la responsabilité de leur état de santé et que les praticiens devraient pouvoir les aider à décider quelles pratiques ou quels traitements pourraient avoir le plus grand impact, plutôt que d’adopter une approche « essayez ce qui vous tente ».

Le Dr Gannage a rappelé au groupe que sa propre pratique est fondée sur la recherche, sur les préférences des patients et sur ses expériences personnelles, et que cela constitue en soi de la médecine factuelle. Il aimerait voir plus de recherche fonctionnelle au lieu d’un portrait statique de la situation, afin de pouvoir offrir le meilleur traitement possible à ses patients. Il croit qu’un hôpital spécialisé en médecine intégrative avec une chaire de recherche serait un atout.

Tout en soulignant l’importance des essais cliniques aléatoires comme norme de référence en recherche, la Dre Moskowitz a indiqué qu’elle aimerait voir les investisseurs faire preuve d’une plus grande ouverture à l’égard d’autres types d’essais. Selon elle, une alternative aux essais cliniques aléatoires permettrait une recherche plus vaste (et plus actuelle) et accélérerait la réalisation des études.

L’issue de la journée fut un colloque unique en son genre sur une question de grande importance pour les fournisseurs de MCA et rarement discutée à ce niveau ou avec un si vaste auditoire. Ce qui importe le plus aux fournisseurs de MCA est la conclusion tirée par tous les panélistes dans le cadre de leur recherche unique et diversifiée : il existe un lien étroit entre l’esprit et le corps. En portant une plus grande attention à la façon dont le corps affecte l’esprit (et vice versa), on peut améliorer la santé et le bien-être des individus.